La route
du lait

Allaitement prolongé, pourquoi pas?

Une question difficile

Dans une grande majorité des livres parlant d’allaitement, on semble mettre une limite à la durée de l’allaitement. Cette dernière est variable d’un ouvrage à l’autre, mais plusieurs en font mention.

Même si nous savons que les générations précédentes allaitaient jusqu’à ce que leurs enfants aient trois ou quatre ans, en Amérique du Nord, il est atypique d’allaiter un enfant dépassé l’âge d’un an. Pourtant, une grande partie de la population mondiale est toujours allaitée après un an.

Pourquoi continuer ?

La première réponse à apporter à cette question est aussi une question : pourquoi arrêter? Bien peu de mères, en apprenant qu’elles sont enceintes, se donneront un objectif d’allaitement prolongé. C’est au fil des jours, une tétée à la fois, qu’on se rend compte que le temps a passé.

Quelques arguments pratico-pratiques, basés sur la recherche scientifique :

Quelques avantages pour la santé de l’enfant

  • Les études scientifiques démontrent que le lait maternel continue, tout au long de l'allaitement, à être pour l'enfant un aliment de premier choix, lui apportant protéines, graisses, calcium et vitamines.
  • De plus, le lait humain s’adapte selon l’âge du bébé, le stade et la fréquence de la tétée, le moment de la journée, etc.
  • Dans les milieux économiquement défavorisés, où les aliments de complément disponibles sont souvent de moindre qualité, le lait maternel représente pour les enfants de plus d’un an une source particulièrement importante d'énergie, de protéines et de nutriments de grande valeur.
  • Les facteurs immunologiques continuent aussi à être présents et à protéger l'enfant. On a même montré que leur concentration augmente dans le lait à mesure que l'enfant grandit et tète moins.
  • Plus l'introduction des produits laitiers et autres allergènes courants est tardive, moins grand est le risque de réaction allergique.

Quelques avantages de l’allaitement prolongé pour la santé de la mère

  • Un retour tardif des menstruations, aidant à préserver les réserves de fer et à espacer les naissances.
  • Une diminution des risques de développer un cancer du sein, de l'utérus, des ovaires ou l'ostéoporose.
  • En fonction de l’activité physique de la mère, de son âge, de son apport nutritionnel et de son état de santé antérieur, une perte de poids et de gras corporel est possible.

Pourquoi est-ce difficile?

Faire quelque chose qui n’est pas dans la norme culturelle rend inconfortable pour les deux raisons suivantes :

  1. Il n’y a pas de modèle auquel se référer et s’appuyer.
  2. Faire quelque chose étant qualifié de hors-norme amène à la stigmatisation de la part de certaines autorités, qu’elles soient médicales, sociales ou psychologiques.

Ce dont il faut se souvenir

Malgré que ce ne soit pas encore la norme, il est bon de se souvenir que l’Organisation mondiale de la santé recommande l’allaitement jusqu’à deux ans, voire au-delà, pour la dyade mère-enfant.

Il faut aussi reconnaître qu’on ne materne pas un enfant de trois ans comme un enfant de trois mois. Le rôle de la mère est de faire évoluer la relation d’allaitement selon l’âge de l’enfant, selon son rythme à lui. Autant le nourrisson a besoin qu'on réponde sans délai à sa demande, autant, chez un enfant plus grand, la demande de téter est multiforme : faim évidemment, mais aussi consolation après une chute, tranquillisant dans un moment de stress ou de fatigue, moyen de tromper son ennui, etc. C’est la mère qui est la mieux placée pour juger des besoins de son enfant.

Le rôle de son entourage est de soutenir la mère dans cette démarche en l’encourageant positivement et en respectant ses choix pour elle et son enfant. Sans ce soutien, elle se sentira encore plus marginalisée et pourra avoir tendance à s’isoler pour rester à l’écart des commentaires négatifs.

Le rôle de la société est d’apprendre à évoluer vers ce nouveau style de maternage en acceptant le choix de la mère dans le respect. En travaillant à changer cette culture du biberon et de la tétine artificielle vers une culture d’allaitement, on en viendra à rendre normal ce mode d’alimentation de l’enfant. Plus on verra d’enfants allaités, moins ce geste apparaîtra hors-norme.

Source : DIDIERJEAN-JOUVEAU, Claude. Téter et grandir, Feuillet 14 de La Ligue La Leche, France [En ligne] (page consultée le 12 février 2012).

ORDRE PROFESSIONNEL DES DIÉTÉTISTES DU QUÉBEC. Position de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec pour la création d’un environnement favorable à l’allaitement maternel, Bibliothèque nationale du Québec, septembre 2012, 12 pages.